23 fév 2011

Quelle agriculture durable pour demain ?

Mercredi 23 février 2011 - La transition vers une agriculture durable constitue un axe essentiel de l’économie verte, dans un contexte de croissance des besoins alimentaires liée à l’augmentation de la population mondiale.

L’agriculture est en effet responsable de 15% des émissions de gaz à effet de serre, et de plus de 30% si l’on prend en compte la déforestation qu’elle entraîne parfois dans le monde tropical.

La production agricole contribue de plus à la pollution des sols et des eaux, ainsi qu’à une perte de biodiversité. Fondée sur la performance technique et sur une utilisation d’intrants d’origine industrielle – engrais chimiques, produits phytosanitaires, énergies fossiles -, l’agriculture productiviste est à l’origine d’un épuisement des sols, et plusieurs experts d’accordent pour dire qu’elle constitue un modèle non soutenable à long terme.

En réponse à ces défis contemporains, plusieurs modèles agricoles se développent, de l’agriculture raisonnées à l’agriculture biologique, en passant par l’agriculture à haute valeur environnementale (HVE). Mais que peut-on vraiment attendre de ces nouvelles pratiques ?

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L’agriculture biologique est-elle un modèle de référence ?

A rebours d’une agriculture conventionnelle productiviste, l’agriculture biologique présente l’inconvénient d’une productivité limitée. Les rendements par hectare de l’agriculture biologique sont en moyenne inférieurs de 30 à 40% à ceux de l’agriculture conventionnelle. Elle permettrait difficilement de faire face à l’augmentation des besoins alimentaires de la population mondiale.

En outre, l’agriculture biologique représente moins d’1% des superficies agricoles de la planète et 2% en France, le Grenelle de l’environnement ayant fixé un objectif ambitieux de 6% en 2012.

Essentiellement consommés dans les pays riches, les produits biologiques ont de surcroît un coût plus important. Principalement vendus par la grande distribution après avoir parcouru de longues distances  – les « food miles » générateurs de gaz à effet de serre -, ces produits sont souvent consommés à contre-saison.

Une enquête récente présentée par la revue Que Choisir montre que les coûts des produits biologiques sont supérieurs de 57% à ceux des produits non biologiques des marques de distribution.

Tandis que l’agriculture conventionnelle se tourne de plus en plus vers les pratiques durables, les productions biologiques se voient rattrapées sur leur propre terrain. Les produits naturels utilisés dans l’agriculture « bio » ne sont d’ailleurs pas exempts de risque pour la santé. Outre le risque de transmission de maladies parasitaires ou microbiennes par le fumier ou le lisier, certains produits comme le cuivre ou la roténone ne sont pas anodins. Accusée de favoriser la maladie de Parkinson et interdite à l’échelle européenne depuis 2008, la roténone, insecticide biologique, peut encore être utilisée en France jusqu’en octobre 2011.

D’un autre côté, les mutations contemporaines de l’agriculture conventionnelle laissent présager une forte réduction de l’écart de performances environnementales entre production bio et production conventionnelle. Les agriculteurs conventionnels seront prochainement dans l’obligation d’élaborer des schémas de production durable. Avec le développement de nouveaux modèles comme l’agriculture raisonnée ou l’agriculture HVE, l’agriculture biologique survivra-t-elle à la banalisation environnementale ?

L’agriculture durable comme horizon

Les agricultures de qualité, raisonnées, ou à haute valeur environnementale (HVE) offrent en effet des voies intermédiaires, permettant de concilier les trois piliers du développement durable.

Entre le modèle de l’agriculture intensive et celui de l’agriculture biologique, ces modèles agricoles en développement sont plus à même de concilier des objectifs économiques, sociaux, environnementaux et éthiques.

Fondée sur des appellations d’origine contrôlées ou protégées, ou bien des labels, l’agriculture « de qualité » est plus intensive en emplois, et offre des rémunérations plus stables et plus élevées aux agriculteurs.

L’agriculture « raisonnée » s’attache à réduire les intrants d’origine industrielle. Le rapport de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) publié en janvier 2010, montre à cet égard qu’il est possible de réduire le recours aux produits phytosanitaires de 30%, sans baisse de rendement excessive.

Quant à l’agriculture « à haute valeur environnementale » (HVE), basée sur des référentiels de certification spécifiques à chaque espace agricole et rural, elle est appelée à se développer en France.

Mais quid de nos modes de consommation ?

Pour autant, la conversion des modes de production ne saurait écarter la nécessité d’adapter nos modes de consommations. Au-delà de la seule agriculture, tous les segments de la chaîne agroalimentaire sont appelés à évoluer. Les régimes carnés posent en effet la problématique de l’élevage, activité très consommatrice en eau et à l’origine d’importantes émissions de gaz à effet de serre. La transformation des régimes alimentaires et la réduction du gaspillage de nourriture doivent ainsi permettre de diminuer la pression sur l’environnement, dans un contexte où un milliard de personnes sont suralimentées.

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