17 nov 2010

Le Grenelle II, levier du management territorial

Mercredi 17 novembre 2010 – L’Institut national des études territoriales organisait aujourd’hui son mercredi mensuel dédié aux cadres de direction territoriaux. Le thème de cette journée était consacré au Grenelle II en tant que levier de management territorial. Ce qu’il y a d’ennuyeux dans les salons où l’on cause développement durable, c’est qu’il est difficile de dépasser l’écueil de la démarche testimoniale un peu convenue et qui ne répond pas au sujet. « Nous à Trifouillis-les-Oies on fait ça et ça se passe très bien ! ». Ainsi avons-nous appris que Dunkerque avait fait appel à un architecte catalan pour son projet de gare et que la communauté urbaine avait fait le ménage dans l’usage de ses véhicules de service ! De même, nous avons pu entendre le DGS de la région Champagne-Ardennes s’enorgueillir de sa démarche d’écoconditionnalisation des interventions régionales, le tout sans la moindre anicroche politique. Ces témoignages de réussite facile auraient presque pu nous lasser s’il n’y avait pas eu cette animation brillante de Laurence Mine, de l’association 4D. Laurence Mine est une habituée du micro. On la voit souvent lors des colloques environnementaux s’efforcer de mettre du liant avant, pendant et après les différents intervenants.

La chimère du modèle idéal de territoire durable
Aujourd’hui, Laurence Mine a introduit avec une passion communicante la difficile question de la complexité de poursuivre un modèle idéal de territoire durable. Elle a notamment cité cette étude universitaire intriguante  qui établit un palmarès des villes mondiales les plus durables : contre toute attente, les villes d’Asie centrale et celles d’Europe de l’Est sont en tête du palmarès. Pourquoi ? Dans le cas des villes d’Asie centrale, c’est la faible structuration et la faible salarisation de l’économie qui induit des échanges très localisés et de faibles déplacements. Dans le cas des métropoles des anciens PECO, c’est le caractère très développé des transports en commun et le taux d’équipement automobile encore relativement faible qui explique le bon classement. C’est dire s’il est difficile de bâtir un modèle pertinent de ville durable. Et Laurence Mine aurait pu se lancer dans une tentative de description de ce que doit être une ville dense. Elle nous a fort opportunément épargné ce débat trop récurrent au profit de plusieurs anecdotes concrètes et croustillantes  parmi lesquelles « le jeu des sept tribus » ou bien des exemples de bâtiments soit disant durables et qui se sont révélés peu pratiques à exploiter. Les mises en scène de Laurence Mine sont d’autant plus enrichissantes qu’elles sont renouvelées sans cesse d’un colloque à l’autre.

Les villes de l’Asie centrale au top du palmares des métropoles durables, qui l’eût cru ?

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L’enjeu de la transversalité

C’est quoi l’enjeu de la transversalité ? Selon Anne Ged, directrice de la toute nouvelle Agence parisienne du climat, la transversalité, c’est à la fois une approche qui transcende non seulement la spécialisation fonctionnelle et opérationnelle au sein de l’administration, mais aussi les échelons hiérarchiques. Surtout, la transversalité, c’est aussi savoir dépasser de ses propres actions pour agir à l’échelle du territoire et de ses acteurs. « Si l’Agence parisienne du climat ne s’occupait que de ses compétences et de son patrimoine, elle ne traiterait que 25 % du sujet » affirme Anne Ged. « Pour le reste, les 75 %, il faut une démarche fortement partenariale ». Le plan climat énergie territorial de la ville de Paris comporte donc deux volets : un volet patrimoine et compétences avec un objectif de « 3×30″1 et un volet territoire avec un objectif de « 3×25″. On notera que le caractère ambitieux des objectifs par rapport au « 3×20″ européen permet de compenser l’effet base, compte tenu du fait que les négociations multilatérales définissent leur objectifs quantifiés sur la base de l’année 1990, alors que les bilans carbone des collectivités prennent généralement pour base l’année de réalisation du bilan.

Un catalyseur efficace pour une prise de conscience collective
Qu’est-ce que le Grenelle peut changer pour le territoire ? « Rien et tout » selon Boris Petroff, délégué général à l’écologie urbaine de la Communauté d’agglomération de Plaine commune : « Les lois ne suffisent pas à changer les comportements. Sinon ça se saurait » explique l’ administrateur territorial austère mais convaincant. « Par contre, le Grenelle peut constituer un catalyseur efficace pour une véritable prise de conscience collective. Les enjeux sont d’être en avance sur les obligations à venir, de travailler en mode projet, de savoir dépasser les potentats internes, de savoir intégrer les citoyens au projet et de faire de la prospective. Dans ce contexte poursuit-il, « le Grenelle constitue une aubaine pour les dirigeants des collectivités territoriales« .

Pour en savoir plus

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1 Pour mémoire, l’Union européenne a fixé l’objectif d’ici 2020 d’augmenter de 20 % l’efficacité énergétique, de diminuer de 20 % les émissions de CO2 et de couvrir 20 % des besoins en énergie par des énergies renouvelables (23 % pour la France).

© Nathalie Bosansky – Fotolia.com

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