01 oct 2010

Centrales de mobilité, gadget bobo ou vraie rupture technologique ?

Vendredi 1er octobre 2010 – On a tous déjà surfé sur un site permettant de planifier un déplacement, qu’il soit urbain (www.ratp.fr) ou bien interurbain (www.viamichelin.fr, www.mappy.fr). Ces sites sont presque tous animés par des acteurs privés ou des opérateurs de transports publics. Les centrales de mobilité 2.0 affichent de nouvelles ambitions. Impulsés par les collectivités locales, les centrales de nouvelle génération mettent à profit les NTIC pour penser les déplacements à l’échelle régionale  et mieux intégrer l’altermodalité. A la fois outil d’information pour les usagers et outil d’aide à la décision pour les autorités organisatrices de transports, les centrales de mobilité essaiment petit à petit. On en compterait une cinquantaine en France

La région Champagne-Ardenne a lancé sa centrale en septembre 2009. www.vitici.fr offre à l’internaute toute l’information nécessaire pour faire un déplacement en région, en prenant en compte l’enchaînement de tous les modes de transport[1]. On peut commencer en vélo, puis prendre le train, puis marcher. Le site est capable d’intégrer les différentes options altermodales et les temps de trajet associés. La valeur ajoutée ainsi offerte à l’utilisateur est d’autant plus remarquable que la région Champagne-Ardenne est caractérisée par sa faible densité et sa faible métropolisation.

Selon Pierre Mathieu, vice-président du conseil régional en charge des infrastructures, des transports et de la mobilité, « Vitici s’inscrit pleinement dans une politique régionale volontariste en faveur du développement des transports en commun.  Il permet aux usagers d’effectuer simplement des recherches d’itinéraires de porte à porte en mutualisant l’offre de transports nationale (SNCF) et régionale. C’est un outil puissant d’aide à la décision pour les élus. Nous pouvons identifier plus facilement les correspondances et les temps de parcours qui méritent d’être améliorés ».

L’élu souligne le financement substantiel des AOT qui sont entrés dans le projet ; « cette implication financière des AOT est nouvelle.  Les autorités considèrent désormais que l’amélioration de la qualité du service relève pleinement de leur s compétences ». Pierre Mathieu se dit convaincu que demain, la centrale facilitera la définition des PDA et PDE. Il souhaite mutualiser ce service régional avec les centrales de mobilité voisines et projette de travailler en étroite concertation avec la nouvelle Agence Française d’Information Multimodale et de Billettique (http://www.developpement-durable.gouv.fr/Creation-prochaine-de-l-Agence.html). « Il s’agit désormais de rendre le site véritablement référent et d’assurer une intégration encore plus poussée en tissant des liens avec les offres de covoiturage, de transports à la demande, d’autopartage ou de location de vélos ».

Le moteur de recherche de vitici permet de comparer l'impact financier et environnemental de combinaisons différentes de moyens de transports d'un endroit à un autre

Vitici propose par ailleurs une compatibilité de ses services avec les PDA et autres smartphones. Aux grincheux qui rétorquent que la centrale est  un outil coûteux avant tout destiné aux cadres supérieurs bobos toujours pressés, Pierre Mathieu répond que Vitici n’est pas un gadget réservé à une élite, mais justement un outil qui permet d’améliorer constamment le service aux usagers quotidiens pendulaires et d’éviter le côté « parcours du combattant » de certains trajets.

Le vice-président de Champagne-Ardenne reconnaît avoir rencontré des difficultés pour développer l’outil : « nous avons avancé à marche forcée, avec 14 collectivités autour de la table, et 8 mois pour aboutir : nous sommes encore loin du zéro défaut , mais on assiste à une montée en puissance ».

Le moteur de recherche de vitici permet de comparer l’impact financier et environnemental de combinaisons différentes de moyens de transports d’un endroit à un autre

Sur les écueils techniques à éviter dans un tel projet, Pierre Mathieu conclut en préconisant un suivi particulier des prestataires informatiques : « Il faut toujours bien définir ce que l’on veut pour ne pas se voir refiler ce qui a été déjà développé ici ou là ». Les principales difficultés techniques tournent autour de la précision de la géolocalisation de tous les points de départ ou d’arrêts, la communication de l’état du trafic en temps réel, l’inteconnexion entre tous les systèmes d’informations ou encore la compatibilité avec les évolutions futures. Le prix d’un tel outil ? 1,2 million d’euros sur trois ans. Un investissement réparti entre 14 AOT et à rapporter à l’enveloppe régionale de 242 millions consacrée à la compétence ferroviaire. Au-delà de la technique et du financement, « le projet nous a donnée l’envie de faire ensemble » conclut Pierre Mathieu.

Voir aussi la centrale développée par la région Basse-Normandie.

Voir aussi Multitud’,  dispositif mutualisé d’information des usagers des transports en commun en Rhône-Alpes.

Voir aussi le projet mis en oeuvre par les collectivités alsaciennes organisatrices de transport : www.vialsace.eu


[1] Cet article rend compte d’une intervention de Pierre Mathieu lors de l’atelier « Un nouveau rôle pour les collectivités locales : impulser des ruptures technologiques majeures » qui s’est tenu dans le cadre du colloque Ingéniérie et développement durable à Clermont-Ferrand les 28 et 29 septembre 2010. Pour en savoir plus : http://www.territoires-durables.net/spip.php?article17

 

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