29 sept 2010

Métropoles durables : brocante et jambons

29 septembre 2010 - Quelle déception ! Alors que les questions se multiplient sur les perspectives de la métropole post-carbone ou de la ville durable, voilà que l’atelier « métropolisation et développement durable » du colloque « ingénierie et développement durable » de Clermont Ferrand[1], avait décidé de faire largement l’impasse sur le développement durable…

Un peu comme à Grenoble où une foire est appelée étrangement « brocante et jambons », s’avère en réalité être avant tout… une brocante.

On regrettera un peu cette occasion manquée de parler davantage de l’enjeu sous-jaçent de la croissance urbaine des dernières décennies : celui de la maîtrise des ressources et de l’importance de diminuer les nuisances créées par l’urbanisation. Et – pourquoi pas ! – de dénoncer les impasses de certaines approches du développement durable comme semblaient le sous-entendre certains intervenants sans aller au bout de leur raisonnement.

Les intervenants de Clermont ont préféré parler de la métropolisation en tant que telle, thème cher aux géographes, économistes, urbanistes depuis une quarantaine d’années. Ne parlait-on pas à la DATAR des « métropoles d’équilibre » au début des années 1960 ?

Dans la description du processus de Métropolisation par Jean-Marc Offner (Agence d’urbanisme de Bordeaux), retenons cependant la nouvelle morphologie  urbaine : la métropole n’est pas une agglomération mais un archipel connecté et fonctionnant ensemble, avec du vide – de la nature – au milieu, caractérisé par des flux avec l’extérieur, y compris l’économie mondialisée.

Quelle morphologie de la métropole durable ?

Les échanges sont devenus plus intéressants quand M. Helary (Certu de Lyon), a souligné qu’en France on dit « halte au mitage » depuis 40 ans tout en continuant de le pratiquer constamment : les trois quarts des permis de construire concerneraient des constructions individuelles et éparses et malgré cela le sens commun dénonce la périurbanisation.

C’est de là qu’il aurait fallu partir : quid de la ville durable plus compacte et qui prétend rapprocher les fonctions travail et domicile ? Est-elle tenable au-delà des éco-quartiers qui sont avant tout de belles vitrines ?

D’où l’intérêt du propos de Jean-Marc Offner lorsqu’il remarquait que la métropole ne peut pas être la ville des proximités défendues dans les PLU (plan locaux d’urbanisme) : il faut accepter que le bassin d’emploi métropolitain soit beaucoup plus large avec de longs temps de transport durant lequel les gens travaillent dans le train par exemple.

D’où l’intérêt aussi de sa conviction que l’étalement urbain sera encore là dans 20 ans, car il se développe très bien avec la métropolisation. Ainsi même si l’on densifie fortement l’urbanisation autour des stations de métro ou de tram, cela ne stoppera pas la recherche de logements plus accessibles financièrement et plus « verts ». Il faut également reconnaître que le développement du covoiturage ou des parkings-relais dans les gares, subventionnés par les collectivités locales, alimentent aussi paradoxalement à l’étalement urbain que chacun prétend vouloir endiguer…

Il est urgent de mesurer

Enfin, une idée plutôt originale est ressortie de cet atelier du colloque INET /Agro ParisTech de Clermont-Ferrand : nous manquons en France de statistiques sur le développement durable et la ville contrairement à l’Allemagne où l’institut des affaires urbaines (le DIFU) travaille sur ces questions pour le compte des collectivités et permet ainsi des comparaisons avec des indicateurs de développement durable normalisés. Il y aurait urgence que l’INSEE produise ce type de données qui aideront les collectivités locales à objectiver leurs actions en matière de métropole durable. Il serait certainement plus efficace de missionner l’institut de statistiques plutôt que d’attendre que chaque collectivité mette en place à sa façon et à son rythme des évaluations difficiles à comparer les unes avec les autres !

Quand on réalise que les marges d’erreur sont encore énormes en matière d’ingénierie du développement durable, il y a urgence à affiner la mesure et à rectifier les calculs coûts/avantages des technologies durables. Lorsqu’on entend la directrice de la toute nouvelle agence du climat de la ville de Paris expliquer en séance plénière que les bilans énergétiques « sont exacts à 20% près », cela montre la nécessité de mieux mesurer et de rectifier dès que possible les données dans ces domaines encore en pleine innovation. De telles marges d’imprécision ne seront pas tolérables longtemps, surtout lorsque les ratios sont le support de dépenses publiques considérables.


[1] Cet article rend compte des débats de l’atelier « Métropolisation : quels enjeux au regard du développement durable ? » qui s’est tenu dans le cadre du colloque Ingéniérie et développement durable à Clermont-Ferrand les 28 et 29 septembre 2010. Pour en savoir plus : http://www.territoires-durables.net/spip.php?article12

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