12 juil 2011

Le Haut-Rhin fête les 10 ans de Gerplan

Mercredi 13 juillet 2011 - Derrière cette appellation à consonance un peu soviétique se cache une politique départementale généreuse et concertée pour tenter de concilier au mieux développement des territoires, gestion durable de l’espace rural et valorisation du patrimoine naturel et hydraulique. Nous sommes allés interroger son animateur, Eric Levasseur, responsable du service environnement et agriculture à la Direction de l’environnement et du cadre de vie du Département du Haut-Rhin.

Pouvez-vous nous présenter de manière synthétique ce qu’est Gerplan ?

Le Conseil général du Haut-Rhin n’a pas conçu d’Agenda 21 stricto sensu. En revanche, il développe depuis 10 ans des plans de gestion de l’espace rural et périurbain, baptisés Gerplan.  Récompensés par le Prix de la fondation de France dans le cadre de son programme « Ensemble pour gérer le territoire », Gerplan est une boîte à outils à la disposition des structures intercommunales, qui restent maîtres d’ouvrage en dernier ressort. Grâce au soutien technique et financier qui leur est offert, elles peuvent réaliser un état des lieux précis des enjeux écologiques et paysagers au niveau de leur territoire, définir un plan d’actions et contractualiser son financement avec le Département.

En quoi Gerplan a t-il été vraiment novateur ?

Gerplan s’est appuyé sur les difficultés caricaturales que rencontrait l’Etat, il y a une dizaine d’années, pour définir à l’arrachée le périmètre de Natura 2000. Les instructions venaient d’en haut de manière unilatérale. Les acteurs locaux développaient des craintes irrationnelles sur la nature des sujétions susceptibles de leur être imposées. Gerplan a pris le contre-pied en prenant le pari que les acteurs locaux devaient absolument s’approprier par eux-mêmes le diagnostic des problématiques environnementales posées par le développement de leur territoire. C’est une démarche bottom-up qui  a permis l’implication du plus grand nombre dans la gestion des paysages, la préservation des ressources en eau, la protection de la biodiversité ou le développement des circuits courts. Aujourd’hui, Gerplan intègre la quasi totalité des structures intercommunales présentes au sein du département.

Vous animez le service environnement et agriculture. Ne constatez-vous pas des conflits d’intérêts entre ces deux pôles ?

La force de notre politique, c’est qu’elle peut justement s’appuyer sur une double culture à la fois naturaliste et agricole pour résoudre les contradictions éventuelles. Notre service intègre 17 personnes au sein de trois unités consacrées à la gestion durable de l’espace rural, la valorisation du patrimoine arboré et les aménagements fonciers. Au niveau des élus, une seule commission a été mise en place, avec les mêmes compétences. Cela nous permet d’opérer des arbitrages plus consensuels et plus partagés, et de promouvoir une approche globale et transversale des questions agro-environnementales. En plus de la pratique de concertation et du partage des enjeux, gages de  l’effiacité du dispositif , Gerplan nous permet une programmation financière plus fine.

Pouvez-vous nous donner des exemples d’actions qui ont été conduites grâce à Gerplan ?

Le Haut-Rhin est un territoire de plaine mais aussi de montagne. Un des enjeux est la tendance à la fermeture paysagère des fonds de vallée. Des parcelles laissées petit à petit à l’abandon par les paysans-ouvriers ont progressivement laissé place à la déprise, aux friches voire aux plantations d’épicéas. Ce phénomène multiplie les zones d’ombre, les problèmes d’humidité ainsi que l’acidification des sols et des cours d’eau. Des communautés de communes ont réalisé, grâce à notre aide des améliorations pastorales. Un autre enjeu est la récurrence des coulées de boues dans les zones de piémont vosgien. Gerplan a permis à d’autres endroits de mieux lutter contre l’érosion des sols par la création de prairies ou la construction d’aménagements spécifiques tels que des bassins de rétention par exemple. A coté de ça nous permettons le développement d’actions classiques de renaturation de milieux naturels et/ou humides, la création d’espaces naturels sensibles ou l’intégration des préconisations issues de Gerplan dans les documents d’urbanisme. Et nous finançons 12 postes d’animateurs. Ces derniers se réunissent régulièrement pour mutualiser les bonnes pratiques et les échecs.

La pédologie au secours du remembrement 

Le service environnement et agriculture du  Conseil général du Haut-Rhin, lorsqu’il procède à des aménagements fonciers, fait appel à un pédologue* pour objectiver le classement des terres. « Cela permet d’objectiver la discussion et de minimiser le risque d’établir des rancoeurs » explique Eric Levasseur. « A celui qui conteste d’apporter la preuve de son analyse ».

* NDLR. En géotechnique, la pédologie est avec l’édaphologie ou l’agrologie une des branches principales de la science des sols, de leur formation et de leur évolution (source Wikipédia).

 

Un dernier exemple ?

Le déclin des vergers péri-villageois nous préoccupe. Autrefois élément structurant de transition entre les bâtisses villageoises et les cultures agricoles, les vergers tendent aujourd’hui à disparaître face à la pression foncière et à la monoculture du maïs : des comcom se sont lancées dans des inventaires de vergers traditionnels, ainsi que dans des initiatives de formation à l’arboriculture des propriétaires de vergers : on a constaté en effet une rupture de transmission du savoir-faire théorique et pratique sur la conduite familiale des vergers. D’autres communautés ont opéré des commandes groupées de fruitiers afin de bénéficier de tarifs préférentiels et favoriser la plantation d’espèces locales et anciennes. Une initiative très intéressante a consisté à faire l’acquisition d’un pressoir ambulant. Il permet aux propriétaires de bénéficier du jus de leurs propres fruits, ce qui n’est pas toujours le cas dans les coopératives locales. C’est important pour les arboriculteurs soucieux de la qualité biologique de leurs fruits.

Des voies de progrès ?

Il m’arrive de me plaindre, comme tous mes homologues je pense, de ne pas être suffisamment associé aux initiatives de développement économique. En Alsace comme ailleurs, chaque commune veut sa ZAC, mais ça n’a pas de sens ! Surtout, je voudrais que notre savoir-faire en termes de concertation et la précision d’analyse des outils Gerplan puissent inspirer les services de l’Etat dans leur méthodologie déployée pour atteindre les objectifs de trames verte et bleue issus du Grenelle. Nous devons nous appuyer sur notre expérience de la concertation et notre finesse d’analyse (1/5.000ème) pour accroître les chances de succès du schéma régional de cohérence écologique et des futurs corridors écologiques.

Zoom sur le projet de certification de l’exploitation des forêts départementales 

Le Conseil général du Haut-Rhin dispose de 660 hectares de forêts répartis sur trois massifs. Deux plans d’aménagement forestier ont été signés avec l’ONF en 2010. L’objectif principal n’est pas tant de tirer des revenus de la production du bois mais de contribuer à une bonne gestion du patrimoine environnemental. 330 hectares sont ainsi inscrits en gestion conservatoire, le reste faisant l’objet d’une exploitation sylvicole raisonnée : les travaux sont plutôt effectués en lisière ; un effort est porté sur l’amélioration de la qualité écologique de l’habitat forestier ; les plantations de résineux sont diversifiées. Une première étape a permis d’acquérir une certification PEFC, peu ambitieuse à vrai dire car ne requérant ni état des lieux initial, ni objectifs contraignants, ni contrôle. Le Département vise désormais la certification FSC. Reconnaissance internationale créée à l’origine pour mieux lutter contre la déforestation en zones tropicales, la certification FSC s’étend désormais à l’exploitation durable des forêts de nos régions. La procédure fait intervenir un organisme certificateur, qui vérifie les engagements pris par la collectivité et opère des contrôles annuels sur des parcelles. Le Conseil général attend de cette certification un retour positif en terme d’image et surtout, il entend donner l’exemple et inspirer les communes alsaciennes dans un contexte ou 70 % des forêts alsaciennes sont publiques. Les revenus forestiers des communes, liés notamment à la chasse (droit local oblige), sont en effet très importants. Or la présence du gibier dépend étroitement de la qualité écologique de la forêt. La certification sera la partie visible de tout le travail de fond, opéré depuis des années avec l’ONF sur la gestion durable.

 

Contact : Eric Levasseur, Conseil général du Haut-Rhin, direction de l’environnement et du cadre de vie, service de l’environnement et de l’agriculture, 03 89 30 65 31, levasseur@cg68.fr

http://www.cg68.fr/environnement/plan-de-gestion-de-lespace-rural-et-periurbain-gerplan.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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